vendredi 19 août 2016

DU SEJOUR DANS LES CORBIERES

Il a commencé le 8 aout, et se finira bientot (écrit le 19 aout). Qu'en retenir ? Plusieurs choses, sur des plans différents. D'abord, pas de pluie, à la différence des années précédentes, et même pour le 15 aout. Ce matin, le ciel est lumineux, calme, juste la toile du vent. A 7H30, la température est de 18°C et l'humidité se condense.
A Port la Nouvelle, où j'ai fait une escapade matinale, hélas le poisson n'est pas arrivé, pas encore arrivé. Revenir bredouille, en notant qu'on peut stationner à l'aise, très à l'aise, même sur le port. Pris un café et un croissant (certes industriel) pour le prix "espagnol" de 1.30 € le tout. Alors qu'a Paris, un café seul se paie 2.50 et le croissant au moins 1.50 sinon 2.
Je regarde les boutiques en face, le vin notamment, des prix incroyables, le litre à 1 € en vrac, la bouteille à moins de 2.50 €. Et tout le monde semble encore au lit !
Les vignes, je les ai vues hier, et j'en ai vu d'autres, notamment vers la Palme et Fitou. On voit de tout, de tres belles, rares,  jusqu'aux plus qu'en triste état, voire incroyables. Au delà de l'eau et du travail, j'y vois surtout le signe que dans quelques années, beaucoup de parcelles seront abandonnées ou vendues, donc que la vigne n'est pas attractive ou rentable ici, si l'on exclut que des vignerons seraient fainéants.
Pourtant, un certain nombre de coopératives, et parmi les plus grosses, importent (et revendent au double) des vins espagnols. Un négociant me dit qu'un de ses confreres "traite" 25 camions par semaine d'espagne, soit, excusez du peu, 7500 hl par semaine (soit environ donc 300.000 € de profit par semaine). Je lui demande pourquoi les vins espagnols sont si peu chers, qu'avec des prix pareils, et même à 150 hl de rendement par hectare, je mangerai ma culotte et vite !! Il m'explique que le vignoble espagnol est récent, que les coopératives ont été créees la bas il y a moins de 30 ans, avec des subventions de la CEE, et que surtout, elles ont été pensées sur un mode industriel, pas la coop de village d'ici ou de papa. En outre, un ouvrier espagnol est à 750 € par mois, et sans doute nos charges (les non productives, type cotisations non salarié, ou CSG etc) n'existent pas là bas. Ces charges indues représentent pour Mattes au moins 60.000 €, voire plus certainement 100.000 €/an, donc 20% du chiffres d'affaires, et un coût de 30 € par hl, c'est considérable !! mais ca ne rendrait pas vendable ou rentable les vins de Mattes à 40 € l'hl. Il faudrait tripler nos rendements !!! Notre géologie et nos ressources ne s'y pretent pas, ceci en réponse à M. LE FOLL, qui prêche pour de tels vins !! eh oui, les faits sont têtus. Même la plaine de Narbonne, qui est capable sous conditions de produire 250 hl par ha, ne le fait pas, ne le fait plus. Autant doivent se dire les possibles investisseurs le faire en Espagne ! ou au Chili.
J'ai aussi le sentiment depuis 25 ans que je tiens le caveau, au moins qq semaines par an, que la France, les citoyens français s'appauvrissent ou font attention. Jadis il était courant, ou banal, de voir des gens repartir avec 100 bouteilles (le record étant un anglais avec 400 bouteilles). Aujourd'hui, la séparation est nette entre les clients à 30 bouteilles, et ceux à disons 3 bouteilles. La clientèle n'est plus locale. Certes la concurrence s'est intensifiée, mais on sent que l'achat au domaine est devenu fermé aux gens disons moins qu'aisés. Inversement, certains ne comptent plus, ne comptent pas. 
Est ce vrai partout, dans toutes les activités ? J'ai été frappé en fréquentant quelquefois les restaurants de la région, que le niveau gastronomique s'est bien élevé en 30 ans, et qu'on peut trouver aux alentours des restaurants d'un bon voire tres bon niveau. Tant mieux. Et qu'ils sont parfois complets le soir !! tant mieux aussi. Mais les prix n'ont rien à voir avec ceux de Paris, ou de la Cote d'Azur, devenue franchement chère et médiocre, sauf cas exceptionnel. A Peyriac de Mer, pour 70 € à deux, j'ai fait un excellent dîner, en plus rapide, avec des couteaux (le coquillage, chose qu'on ne trouve plus) , des seiches, dessert, et un tres bon vin de la région. Idem sur Leucate, ou l'offre est diversifiée.  
Les touristes devraient donc se précipiter ici. Certains le font, pas plus qu'il y a 20 ans me semble t'il. Pourtant la plage est accessible, et vaste. Mais globalement, je ne vois pas cette région se développer largement, comme on pourrait le souhaiter. Les infrastructures sont souvent limites, sauf sur la cote.
Que faut il pour te réveiller, Belle Aude ?

jeudi 11 août 2016

LE RISOTTO du VIGNERON (de MATTES)

Apres une journée fertile en évènements de toute sorte, bien occupée, le hasard fit que je tournais le film suivant, digne des Tati et Charlot de la meilleure époque,

https://www.youtube.com/watch?v=rerJdfUIOUI

Il était hélas 20 H 30 quand j'en finis le montage, et me précipitais en cuisine !!! pas grand chose d'appétissant à se mettre sous la dent !! qu'importe, l'imagination y pourvut, et plutot bien.

A vrai dire, depuis plusieurs jours, j'avais envie d'un risotto, mais rien de bien pour faire le bouillon, type asperges, champignons, ou fruits de mer, bref j'improvisais une cuisine qui n'était pas du tout du terroir, et fut néanmoins excellente.

Donc du riz carnaroli, un verre par personne.
Dimanche, j'avais fait une gigantesque sauce tomate (merci francis !), avec simplement la variante fenouil sauvage, et je l'avais passée.
Bref, une poele, de l'huile d'olive, des oignons (cebe de lézignan je crois), faire revenir, mettre le riz,
tourner, ajouter un verrre de muscat de mattes !
feu assez soutenu, pendant 18 mn, pour que le risotto ait la bonne cuisson. Remuer quasiment sans arrêt. Remplacer le bouillon habituel par de la sauce tomate précédente diluée. Au bout de 18 mn, éteindre, ajouter une cuillérée de crème, du parmesan rapé, laisser reposer 5 mn. C'est divin, et digne d'un 2 étoiles !!
Ce serait encore meilleur avec qq moules je pense, même salées. J'avais ajouté qq olives en morceaux.

Par contre, ne pas boire avec du rosé, plutot un vin blanc je pense voire un rouge leger.
Et le reste du gigot de Mme Francine de dimanche dernier (on est mercredi soir) était superbe, avec un peu de curry. Bref !!


mardi 26 juillet 2016

23 JUILLET 2015.

Bref saut a Mattes où règne comme partout une chaleur assez forte, dès le matin, et tard le soir. La vieille maison, pourvu qu'on la laisse ferméé entre 9 H et 21 h, garde le frais reposant. Le but principal est d'accueillir un importateur japonais, jamais rencontré, même si nous travaillons depuis 20 ans avec lui.

Ceci a été l'occasion de goûter des vins anciens, type MILLENIUM 2000, ou CLOS REDON 2005, ou SABRAN 2004, bref au hasard, dans les mêmes conditions d'endroit et de température que les vins plus récents, type CHEVREUSE 2013, CLOS REDON 2015, ou même SABRAN 2015 à venir.

Deux satisfactions : les vins vieux ont bien tenus, et se sont bonifiés. Curieusement, parfois. La SABRAN 2004 a des notes empyreumatiques, alors qu'elle n'a pas connu le bois ! d'ou vient ce raisiné ?

Enfin, sans nul doute, les vins récents sont meilleurs que ceux d'il y a dix ou quinze ans, le chevreuse 2013 contre le millénium, les clos redon entre eux, le 2015, me paraissant être largement supérieur.
La Sabran est plus sujette à des variations, et le goût ou le profil ne sont pas toujours les mêmes. De tous, c'est l'APOLLON 2011, une pure syrah en barrique qui domine, et meme contre le Millenium.

Troisième, peut être marketing ou d'amour propre, à des yeux "ouverts", sans préjugés, les vins en barriques sont incontestablement sans comparaison avec les vins non en barriques, sauf peut être le cabernet sauvignon.

Bref, nous avons oeuvré dans la bonne direction , mais il faut encore mieux et plus grand. Travailler sur les assemblages, l'élevage en cave, le raffinement, la touche qui fait que tel vin est inoubliable.







et ce qui ne gâche rien, et rend le boulot moins ingrat, est que PORTEL a depuis un patissier d'excellence, avec des choses qui valent bien HERME ou DALLOYAU sans en voisiner les prix. Bref, la région se développe, et veut aller du col. Continuons le combat.

samedi 9 juillet 2016

4 juillet 2016 - RETOUR à MATTES

Le dimanche 3, la France n'avait pas encore commencé sa transhumance. Marseille était désert, la Camargue aussi, c'est donc assez tôt que nous arrivâmes à Mattes.

Qu'est ce qui fut frappant ? tout l'arc méditerranéen, sans doute de Nice à Perpignan, est sec, très sec, et cela rappelle 1989. La chaleur est là, avec 35° à Montpellier, sous le vent dit du Nord, et 32°C, à Mattes.

Les vignes sont certes belles, mais l'année dernière, il pleuvait fréquemment, et la température dépassait rarement 25°C. Pour une fois, la chaleur est plus forte que sur la Cote d'Azur.

Tout est calme, sans luxe, et avec seulement la volupté des yeux. Le palmier bleu planté en 1996 commence à grandir, même si ses frères jumeaux sont bien courts. Mon cèdre, dopé par l'or brun, a entamé sa montée. Certaines plantes ramenées de Hyeres se sont enfin acclimatées, par exemple les lantanas, pourquoi pas bientôt un bougainvillée ?

Mais surtout le toit est fini. C'est une des pièces les plus importantes de ce puzzle de rénovation entamée il y a trente ans. C'est un peu plus de 400.000 € (non actualisé) dépensé au fil des ans, pour redonner aux batiments leur apparence et la beauté de la Pierre, mais aussi leur fonction. Il reste encore a faire, notamment un toit, l'ancienne écurie, les gites à améliorer, un nouvel hangar, mais "le fait n'est plus à faire", suivant une expression oubliée.

J'ai aussi vu - meme s'il reste à faire - que les gîtes prenaient tournure. Que de changements depuis 1996, quand je fus autorisé à les voir pour la première fois. IL fallait bien que le mal fut grand et profond pour qu'on me mit le nez dedans.

Deux raisons à ce voyage : des acheteurs chinois font une tournée, et la Chine est ce que la Californie en 1850, à l'échelle 1000. Bref, il faut y etre.





Il fait chaud, tres chaud en sortant de Lastours, 35°C. Ce dont j'ai pris conscience, à l'unisson de Madame, c'est que les Corbières avaient fait d'énormes progres, autant que Mattes, au moins ceux là, et donc que la retraite s'éloignait, comme un mirage dans le désert.

 L'apres midi, visite des gîtes et divers achats.
Mardi matin, deuxième raison d'être là. La récolte 2015, la regouter cépage par cépage, cuve par cuve, et voir ce que l'on peut faire : quels assemblages, quels volumes.

La chaleur des vins ne facilite pas le travail. Mais je juge le lot de cabernets magnifique. Après, plusieurs assemblages me semblent intéressants, sans être exceptionnels. Il faudra regouter le lendemain, et sans doute bientot, avant d'embouteiller.

Mon principal combat cette semaine fut d'obtenir tel Don Quichote contre les moulins à vent qu'un groupe important fasse un virement !!! L'administration est parfois plus simple. Parfois, pas toujours.
Mais j'y suis enfin arrivé.

Ouf, retour dans la maison du Sud, embouteillages géants à Marseille et Toulon, par 35°C. Enfin, le chat s'arrête de gémir, les cigales chantent.


mardi 28 juin 2016

DU BREXIT et de l'AVENIR

Depuis que je suis dans le Sud, et sous le soleil, la bonne humeur est revenue. Ai je eu de bonnes nouvelles depuis ces 15 jours ? pas vraiment, en cherchant bien. Mes poches sont encore vides, ah si j'ai bu un excellent blanc 2002, de M. Gavoty, un vermentino ! Il faudra en replanter à Mattes ! son frère sarde n'était pas si concentré, ni si beurré. Bien sûr, retrouvé la pâtisserie du Sud, mais je tiens un blog "vins" et pas "gâteaux" quoique.......

Oui, le grand évènement, le Brexit, dimanche, presque en direct. A minuit, je m'etais couché avec les chiffres donnant gagnant le In. A 4 H, un peu nerveux, je me suis réveillé, et cherchant des chiffres, que le Figaro semblait ne pas publier - tout le monde devait dormir - j'allais sur la source en direct, BBC TV.

C'est là que j'ai vu d'abord un légère avance du Brexit, de l'ordre de 250.000 voix sur 20.000.000. Puis au fil du dépouillement, l'évolution. A 6 H, tout était plié, un million de voix d'avance, et donc la sortie.

Personnellement, je suis incapable de voir les conséquences pour Mattes d'une telle décision, à l'heure où je demarche intensivement le marché britannique. J'observe néanmoins une chose : le marché européen des vins n'existe pas, chaque pays ayant gardé ses taxes antérieures qui font que les vins circulent mal, comme si les frontières - et les taxes - existaient toujours. Voila Pernod Ricard a popularisé les whisky écossais en France, en en faisant le premièr marché mondial.

De plus haut, sur un plan politique, et fondamental, la Grande Bretagne n'a eu de cesse depuis 1958 de créer un grand marché en Europe, d'abord avec son AELE, qui n'a pas marché, et alors en essayant de joindre la CEE, qui en était à ses premiers balbutiements, mais qui marchait effectivement. De Gaulle, qui avait une ambition plus élevée que l'Europe des marchands, lui refusa la porte. Un référendum médiocre en 1973 lui en donna les clés. Elle n'eut de cesse dès lors d'avancer son ambition, le grand marché. Cela se traduisit par un élargissement rapide et peut être nocif, passant en 30 ans, de 6 membres à 28. Et non par un approfondissement, à part l'Euro, qu'elle ignora d'ailleurs, gardant la livre comme monnaie. Bref, un pied dedans, un pied dehors, tout en essayant de rentrer par la fenêtre. 

Mais n'est ce pas Cameron qui réclama un référendum et obtint pour ce faire un compromis honteux - qu'il fallait refuser, tant sur le plan des principes que par clairvoyance - un dimanche de printemps qui le rendait triomphant et souriant ? 

Ce qui est frappant - et inquiétant - c'est que personne ne semble quoi devoir faire après ce scrutin, comme s'il avait été un rêve, et pas du tout préparé !!! Voila plus de 30 ans que le peuple britannique réclamait un référendum sur cette Europe, qui l'éloigne de son fonctionnement centenaire, par Westminter ! 

Mais face à l'évènement, on voit ces temps ci toutes sortes de réponse : le déni - ce sera au suivant d'actionner l'article 50, on fait un second référendum, les Communes ne voteront pas cela, , la patience - Bruxelles ne changera rien - et des choses étonnantes se faire jour, comme par exemple l'Ecosse vouloir rester dans la Communauté, et donc pour cela prendre son independance. Des deux, l'indépendance ou l'Europe, quel est le vrai objectif ?

Oui, oui, depuis lundi matin, on a tout entendu sur les possibles solutions. J'ai entendu peu de choses intelligentes, sauf une, de revenir aux principes fondateurs, c'est à dire l'Union. Mais il faut aussi que cette nécessité soit une volonté dépassant le passage libre des frontières, ou la circulation des capitaux. Ne parlons pas d'une politique "commune" envers les réfugiés, mais bien sûr d'une Europe de la Défense, de l'Economie, et pourquoi pas plus ? La confédération ne m'horrifie pas, si on y gagne en efficacité. Or, aujourd'hui, sur de nombreux plans,  l'Europe est inefficace, ou n'existe pas, et donc renforce le  sentiment hostile des populations, qui voit les inconvénients sans éclairer les avantages.

Cet évènement m'a aussi fait prendre conscience d'un fait inquiétant : plus les évènements vont vite et frappent - ce matin, un attentat sanglant à Istanbul - plus les dirigeants semblent incapables de réagir et d'agir. Cameron semblait incapable de la moindre action, l'opposition autant, etc. Or les évènements par leur vitesse semblent indiquer la nécessité d'une action ou réaction rapide qui n'intervient pas, et tout semble paralysé en attendant l'évènement suivant.. Bref, va t'on vers un monde ingouverné et sans direction choisie calmement ? Richelieu, réveilles toi, ils sont devenus fous.


dimanche 12 juin 2016

12 juin 2016 - d'un vin de 19 ans, CHRIS PATTEN 1997

Le temps est gris de nouveau, la France - au moins une grosse part - se passionne pour l'Eurofoot, l'idole d'un mois, la récré dans tout ce merdier, car si  les inondations se terminent,  des grèves se poursuivent, notamment de la part de gens non concernés par ce f..code du Travail, que les rues de Paris ressemblent a des montagnes d'ordure, que les finances publiques lamentables sont encore bouffées par des cadeaux pré-électoraux, bref que mon humeur n'est pas au beau fixe, que la nature est belle, mais bien en retard.

Rangeant ce matin mon bureau avant la transhumance, j'ai retrouvé une vieille étiquette, Chris Patten 1997. Cela comme un bâton magique me fait remonter dans le temps. Oui, si la personne est maintenant un peu oubliée, personne n'a oublié qu'il fut notamment le dernier gouverneur de Hong Kong, mon nouveau challenge, britannique, avant la remise à la Chine, et cette curieuse cérémonie d'adieu.

Depuis, la Chine s'est affermie partout, et sa puissance éclate, sinon se déroule. 20 ans, pourtant, c'est court.

Le hasard fait qu'à midi, cherchant une bouteille pour aller sur une pièce de boeuf au four, je cherche quelque chose de vieux. Montus 2007 me paraît trop jeune, et peut être un peu lourd. Pichon Longueville, 1988, un peu vieux et un peu trop pour un déjeuner solitaire !! voila une bouteille bien sale , un chris Patten, que je n'ai pas gôuté sans doute depuis 5 ans.

Ce fut un des ancêtres de la Chevreuse. Là, il s'agissait d'un mourvèdre, dans un millésime moyen car 1997 fut une année spéciale, avec de légères pluies dès le début des vendanges ! donc la maturité ou l'ensoleillement ne furent pas parfaits.

Enfin, il s''agissait d'une élevage, dans un foudre, de 40 hl, VICART. Je ne me souviens pas du gout ce vin à la vendange. Mais aujourd'hui, c'est un tres bon vin, qui me fait regretter que les bandols rouges n'existent presque plus, mais je le trouve meilleur qu'un Pibarnon de 1983 bu en 2003. Le mourvèdre est un cépage assez austère, assez "protestant", quand on le boit, on n'a pas l'impression d'un vin plaisir, gouleyant, portant à la fête, et débridant l'imagination, comme le fait la syrah par exemple. au moins dans sa jeunesse. Car il faut du temps au mourvèdre, je m'en rends compte avec ce vin de dix neuf ans. Là, au contraire d'un vin jeune, son nez est celui du sud, des odeurs épicés, des ports de jadis pleins de poivre, de couleur, et de bateaux. Sa ligne n'est plus celle d'un rectiligne clergyman, on croirait en le buvant voir apparaître des croupes lascives et ondulantes !! Diable !!

Tout s'est amplifié, le cépage est facilement reconnaissable, mais tout se passe comme si l'enfant sage avait grandi, et devenait un vin si marquant, peu opulent certes, mais très clair dans son identité.

De plus en plus j'apprécie les vieux vins, et je commence à en avoir quelques bouteilles, qui bien sûr, ne doivent pas être vendues, mais seront bues !! C'est un plaisir somme toute raisonnable, car, dans les ventes publiques, les vins antérieurs à 1982 - le début de Monsieur PARKER, maintenant à la retraite - on peut trouver de tres grands noms à 50 € la bouteille, , ce qui est est un cadeau par comparaison avec bien des restaurants où l'on doit ingurgiter des piquettes à 9 € le verre de piquette !
La France de la TV semble découvrir les pâtisseries et la cuisine, une cuisine d'ailleurs bizarre - j'ai frémi en voyant associer de la noix de coco avec du hareng saur - mais ignore, ô pays des vins, les possibilités et les endroits de ses vins !! Comme quoi, dans ce pays, il restera toujours quelque chose à remettre à l'heure !

Cette semaine, grève ou pas, j'ai bu, ou dû boire, APOLLON 2005, BF 2008, CLOS DU MOULIN 2010...Disons que je ne suis pas mécontent du sillon ainsi tracé. Même si je l'aimerais plus large, et moins douloureux...mais un vin des plus remarquables, peu apprécié ou connu à son lancement, est le CHEVREUSE 2007. C'est le premier qui se met au niveau des grands bordeaux.




vendredi 27 mai 2016

DE LA FONTAINE A MELENCHON, ou l'INVERSE - le 27 mai 2016

Hier,à la fin d'une  journée comme le peuple français les aime au mois de mai, avec grèves, manifestations, cris, disputes, blocages, propos des uns et des autres, le hasard a fait que j'écoute M. MELENCHON à la TV.

Oui, car il n'y avait pas de volonté de ma part, juste de l'actualité, et je ne me souviens même pas du sujet de l'émission. Mais j'aime écouter Melenchon, qui en général pense par lui même, assez passionnément, connaît un peu l'Histoire, et parle assez bien. Bref, qui secoue, qui émeut, qui débat, sans toujours convaincre, mais toujours réveille.

Il y a loin de Melenchon à la viticulture, me direz vous ? sans doute. Pourtant, j'y vois des points communs. C'est la raison et le motif de ce papier.

Sans être partisan, je fus étonné, sinon surpris par les questions de Pujadas, comme si Melenchon portait les évènements actuels. ou en était à l'origine. Il est probable qu'ils sont largement "issus de la base" - et elle semble parfois réservée envers lui - spontanés, browniens si j'ose dire, mais que tout cela se passe sans sa direction.

Son débat avec le boulanger (noir) de Montmartre me frappa davantage. Voilà un homme, dont je ne connais pas le parcours, qui semble se lamenter parce qu'il a 17 employés ! et qu'il se tracasse, sans doute, entre autres, parce qu'il a peur de devoir licencier, un jour ou l'autre, que le code du travail, etc. Mais Melenchon n'est pas le fisc, et ne lui demande pas son bilan, et ne comprend pas d'ailleurs la gestion, ce qu'il admet. Bref, un dialogue presque de sourds, entre deux hommes de bonne volonté. Je m'arrêtai là, mais le sommeil de la nuit faisant son effet, je me réveillai ce matin, avec des questions, et des conclusions.

Oui, Melenchon a tort de se faire le chantre de pays douteux ou en faillite, je veux dire le Vénézuela par exemple. Mais pourquoi le fait il ? Il a sans doute tort  de dire que la révolution est pour demain, mais raison de penser que demain est à imaginer, qu'il ne sera pas comme hier, que rien n'est fait dans cette direction.

C'est  en écoutant de tels débats ou de tels propos, qu'on prend conscience que non, la réalité, le raisonnement ne doivent pas être celui là, que le fait important, au départ, est un autre, et donc le cheminement, pour la solution, ne doit pas être celui la. Et qu'est ce qui fait que le point de départ ou le chemin à suivre ne soient pas les mêmes pour tous ? ainsi en fut il du débat - oublié aujourd'hui, mais si important entre 1917 et 1989 - de la Vérité du communisme, et de son avenir. Les uns voulaient des lendemains chantant l'Internationale, au nom du bonheur des peuples, d'autres voyaient des réalités différentes.

Ce fut Gide, qui avec son (simple) livre de retour d'URSS saisit, avec sa sensibilité propre et son intelligence, comprit les failles du système. Parti communiste, il en revint sceptique.  Il fallut pourtant 50 ans, et bien d'autres errements (le Cambodge par exemple), pour que tous admettent les failles de cette doctrine. 

Il est pourtant curieux que depuis 1989 que le débat ne se soit pas tourné vers le bien fondé du capitalisme, comme si c'etait un sujet à ne pas débattre. Il est vrai que les vaches hindoues qui encombrent nos rues sont nombreuses.et la moindre n'est pas le dérèglement du système monétaire international, où chacun fait ce qu'il veut, sans règle, sinon celle du plus fort.

Donc le point de départ de toute action est une vision, et la justesse ou l'erreur de celle ci. Mais comment celle ci est la bonne ou pas ? 

Il y a un peu plus de 30 ans, je découvris une suite d'ouvrages, 5 si j'ai bonne mémoire, de François Mauriac, reprenant la plupart de ses chroniques hebdomadaires données aux journaux, depuis 1945. Donc jusqu'en 1970. Une période de 25 ans, qui fut importante pour la France et pour le monde, avec des débats clés, notamment la décolonisation, la IV° république, puis la V°, la naissance de l'Europe, la validité du communisme, la fin du monde rural, et aussi la fin de l'Eglise d'avant.

Ce qu'il y a de frappant, très frappant pour un esprit libre, c'est de voir comment cet homme isolé, sinon solitaire, si plongé dans le monde de la littérature, simplement avec ses lectures, ses rencontres,  ses antennes, sa sensibilité, put parfois naviguer contre la pensée dominante, contre sa classe, mais que,  dans la suite des évènements mis l'un derrière l'autre, cet esprit ne se trompe jamais sur l'analyse de ceux ci, et la conduite à prendre.

Curieux, j'écrivis au meilleur spécialiste de Mauriac, M. TOUZOT, pour savoir si cette justesse résultait du choix des chroniques - car il y a eu sélection, et tout ne fut pas repris - ou si cela provenait du métronome de la pensée de Mauriac.

Il me confirma fort gentiment - en homme qui a tout lu et étudié l'auteur - que oui, Mauriac ne se trompa que rarement. très rarement.

Je n'ai pas d'explication à cela. Mais je sais que cette intuition n'est pas héréditaire, car chacun de ses fils, a eu une lecture différente des mêmes choses. C'est donc de quelqu'un personnel, qui tient sans doute au fonds rural de Mauriac, à son caractère, a ses lectures, à sa curiosité, et oserais je le dire, à sa vision de la Création et du Monde.

Donc, déjà la vérité initiale n'est pas la même pour chacun. Quel est l'état de la France aujourd'hui ? que doit être un "bon" code du Travail ? chacun y repond avec sa vision, mais ce que nous savons de sûr, c'est que les visions sont différentes, et que toutes ne peuvent être les bonnes. donc les actions à faire ne peuvent pas être les mêmes.

En cet anniversaire de Verdun, un fait qu'on ne rappelle  pas : de 1870 à 1914, quarante quatre ans, la France toute entière, du bas jusqu'en haut, ne fut tendue que sur un seul objectif, une obsession,  pourtant implicite : la perte de l'Alsace Lorraine, et la revanche à prendre sur l'Allemagne.

On sait ce qu'il en advint. mais aujourd'hui, je serais bien en peine de passer un oral avec comme question : "en 2016, et depuis x années, qu'est ce qui mobilise la France ?"

Pourtant, sans examen critique, sans vision lucide, sans mobilisation de soi même et des autres, comment imaginer que les évènements aboutiront par eux mêmes a la solution idéale ? c'est s'en remettre au hasard plus qu'à la Providence. Frédéric de Prusse ne le pensait pas.

Imagine t'on un vigneron ne réfléchissant pas, et longtemps à l'avance, à l'emplacement de ses parcelles, au choix de ses cépages, aux goûts qu'il veut atteindre, à la qualité qu'il veut ou non faire, a l'ambition qu'il veut porter ? et aux efforts qu'il devra déployer jour après jour pour approcher de cela !

Longtemps, j'ai été frappé par ces murailles de pierres, que les paysans ardéchois accumulaient sur leurs collines pour tenir la terre et faire quelques petits champs !! que d'efforts pour survivre et tenir, pour s'adapter à cette terre si belle mais ingrate. que de vies usées dont aujourd'hui seuls ces murs témoignent.

Cela me ramène par bien des détours, à La Fontaine

Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août.
Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
            Où la main ne passe et repasse.
Le Père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
            Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le Père fut sage
            De leur montrer avant sa mort
            Que le travail est un trésor .

 pour ne pas citer JS BACH, à qui le dernier Chevreuse est dédié. Oui, si je voulais être pessimiste aujourd'hui, et conclure pour le boulanger et M. Melenchon, et les autres, je dirais que ce qui est effrayant aujourd'hui, notre mur d'Alsace Lorraine, c'est certes le chômage élévé, mais qu'il n'est que le résultat de nos erreurs, cf l'Allemagne.  Les deux choses à vaincre au plus vite sont : un système éducatif qui produit 20 % de déchets, ne sachant a peine lire écrire compter, tout en coutant cher, et bien sûr, un endettement public colossal, qui signe la perte de notre indépendance et de notre liberté d'action. 2000 milliards, certes, un peu plus de 10 % de la richesse des français - mais que dirais je si j'avais un tel montant d'endettement ? - mais surtout qui empêche toute réaction. Imagine t'on que même en rendant 50 milliards par an, somme colossale - l'or de la banque de France, fruit des économies de 200 ans n'en représente que 100 - il faudrait au moins 50 ans, pour "être libre" ? A quoi servent toutes les oeuvres endormies dans les caves du Louvre et d'ailleurs ? Oui, la maison brûle, entourée de grands pyromanes.

C'est dire si nos défis sont grands. Pour redresser le pays, il faudra du temps. Et viendront d'autres défis en chemin. En 30 ans - 6 quinquennats, sans élection - Mattes a bien changé, certes, a presque annulé son endettement, mais l'horizon a reculé, avec de nouvelles difficultés : marchés, mortalité des vignes, questions sur les phyto, sur les sols. Mais ce que je peux dire à M. MELENCHON, d'ailleurs comme je me le répète avec regret -  je pensais qu'avec le Temps viendraient le repos mérité, et une moins grande tension pour moi - c'est que l'époque des "bras croisés" n'est pas encore pour demain, code du travail ou pas. Et à M. GATTAZ, de ne pas se contenter d'être le fils de son père. Oui, il est probable que les paysans d'Ardèche ont encore à nous apprendre.